4.10.07

Mollo fillots!

Les grandes écoles ont cette étrange tradition qui consiste pour les anciens à "passer le flambeau", dans un esprit corporate et familial des plus paternalistes. Cela se manifeste dans les associations où les plus vieux forment les petits nouveaux (dans l'espoir parfois vain que l'asso survive à ces derniers), mais aussi par le réseau d'anciens qui nous pistonnent pour les stages (enfin, dans mon cas, ça m'a fait avoir un stage une fois), ou encore par les réunions informelles où les gens de Master 2 tuyautent les plus jeunes. Perso, j'estime n'avoir pas grand'chose à apporter à un(e) petit(e) jeune qui voudrait faire mon parcours. Mais il y a un événement, survenant inévitablement chaque année en octobre, auquel je participe volontiers. Il s'agit de la soirée parrainage. Rien à voir avec du bizutage, loin de là (on laisse ça au week-end d'intégration, où le "bizutage" était d'après mes souvenirs rigolo et bon enfant... bref nous nous ménageons, on est entre gens de l'élite de la nation, bordel). Juste une occasion de plus de boire dans notre vie d'étudiant, en tentant de guider un malheureux individu à peine bachelier dans les méandres de notre administration/ scolarité/ vie sociale/ vie alcoolique... Et cette soirée parrainage, c'était hier soir. Nos petits chaperons rouges sont venus un par un apporter à leurs vieux parrains et marraines leur bouteille d'alcool, leur paquet de chips ou leur pâté (!!) pour contribuer à une très conviviale pré-soirée, suivie de la vraie soirée vers minuit.

Le grand apéro est chaque année organisé sur la place de la Victoire vers 22h, et tout le monde est le bienvenu. Les élèves de première année sont invités, dans la semaine précédente, à s'inscrire pour être parrainés. De leurs côtés, les élèves des autres promos (de la deuxième à la dernière année), peuvent sur la base du volontariat choisir d'être parrain ou marraine. Les listes ainsi établies sont plus ou moins arbitrairement mises face à face, et chacun se retrouve alors avec un parrain ou un filleul, de préférence de sexe opposé. C'est ainsi que, depuis ma deuxième année, j'ai accumulé quelques six filleules (ou plutôt fillottes). Contrairement à certains de mes camarades de jeu, d'ailleurs, je me souviens du prénom de chacune d'elles: Anne, Charlotte, Marie-Anne, Delphine, Maéva, et la dernière en date Laure (alors, vous autres, vous vous souvenez des vôtres?).

Une fillotte fort sympathique, cette année. Ma dernière fillotte. Une toulousaine marrante, mais qui a un défaut terrible: elle est ponctuelle. Elle s'est pointée à la pré-soirée chez les grognasses à l'heure, alors que je suis arrivé avec une demi-heure de retard. Je suis un parrain qui assure grave, malgré tout, puisque lorsqu'elle a loupé le dernier tram elle a pu dormir dans le clic-clac de mon salon. C'est une manière comme une autre de se rattraper d'un retard. Le fait que je boive quelques malheureuses vodkas qui compromettaient mon articulation ne m'a pas empêché de lui parler et de passer un très bon moment. Bon, le Méri a un peu essayé de me la piquer (ce naze a séché le début des cours, du coup il ne s'est pas inscrit pour être parrain), mais il s'est vite trouvé des fillottes de substitution. Nous sommes tous arrivés à la Victoire en plein pendant la bataille: tout ce que l'école compte d'alcooliques mondains était présent. J'ai un peu perdu tous mes potes dans ce marasme, pendant que les grognasses faisaient n'importe quoi avec des gars de l'école. Je croyais d'ailleurs, sur ce dernier point, que ça allait à l'encontre de tous leurs principes. Mais elles ont bien profité de leur soirée, avec un lendemain vécu très différemment: alcoolisme et émotions les font souvent sur-réagir. Qui a dit qu'elles avaient le quotient émotionnel d'une ado de 14 ans blindée d'hormones? Cacahuète est toute émoustillée par ses baveuses retrouvailles avec une vieille connaissance, Macha a lancé le mélodrame qui déclenchera sa future cure de Lexomil, Mirabelle a passé la journée à vomir le choc de sa vie: oui, un hétéro qui essaye d'être pote avec toi ET de te choper pendant les soirées où tu es bourrée a des idées derrière la tête... De toute façon, moi je n'ai rien vu, j'étais déjà rentré pour péniblement déplier mon clic-clac pour ma fillotte et m'effondrer sur mon lit pour y transpirer l'alcool et le tabac sur toute ma peau. Beuh.

Bien remis ce mid... euh, ce matin, je n'ai pas été transcendé, de retour en cours, par le nouveau prof de TD d'économie, supposé être une sorte de modèle-type du "nouvel hétéro": lunettes fashion, veste en velours rasé, débit de parole très assuré du mec qui bosse en com', beaucoup trop de cheveux. Les grognasses, encore à 0,5 grammes depuis hier soir, sont évidemment tombées amoureuses. Et pour la dernière fois DE NOS VIES, nous nous sommes battus comme des collégiens pour récupérer les meilleurs exposés du programme. Encore une sensation étudiante qui s'est envolée sans qu'on s'en aperçoive.

3.10.07

Maigreur et tremblement


Vous allez dire que je surfe sur l'air du temps, que je ne me foule pas, que 500 blogs ont parlé du sujet avant moi, mais je vous emmerde bien bas. D'abord, je trouvais pas les photos sur le net lorsque j'ai entendu parler de cette campagne il y a deux semaines. Ensuite, je n'ai nullement la prétention d'être plus intelligent que les autres: s'ils en parlent, je peux le faire aussi. Enfin, et surtout, je ne suis guère inspiré ces temps-ci, profitant des quelques instants de tranquilité que j'ai pour glander ou aller au ciné (seul comme un pouilleux, parce que je suis le seul à avoir toujours envie, en journée). Bref, je voulais juste réagir sur cette campagne pour la marque No-l-ita réalisée par le controversé Oliviero Toscani, donc.

Pour ceux qui auraient oublié ou qui ne connaissent pas, Oliviero Toscani, c'est ça (enfin, pas seulement mais je mets les plus connues):



... Autant dire que c'est parfois discutable, pour de la pub "grand public", mais que ça a au moins le mérite (et non des moindres dans ce domaine) de faire parler. Rare et Benetton doivent de grandes réussites de com' à Toscani.

La question qui se pose à la vue de ces clichés, et notamment à celle de la campagne No-l-ita, puisque c'est celle qui est d'actualité, est celle du rôle de la pub. Est-elle un support commercial ou de l'art (ouais, ça pue la problématique à deux balles pour cours de com' de première année, et alors)? En effet, si elle est de l'art, le fait pour elle d'interpeler le public sur un sujet est assez légitime. Mais en tant que support commercial, ses motivations sont douteuses.

Toscani fait partie de ces quelques professionnels de la pub qui, depuis Warhol, font référence à des codes de l'art pour "anoblir" ce qui, dans leur âme d'artiste, n'est qu'un gagne-pain, un job alimentaire. Je ne nie pas le caractère intéressant, subversif, et même agréable de ces campagnes pour l'oeil amusé qui est le mien: on voit bien que c'est du boulot d'artiste, et tout ne me dérange pas. Cependant il ne faut pas perdre de vue le fait que les personnes qui acceptent de poser pour Toscani ne sont pas des mannequins (sauf pour le cas des deux religieux, ici): ce sont des personnes réelles, des destins flingués, des problèmes de société sérieux. No-l-ita est une marque de vêtements pour femmes: son catalogue est-il rempli de femmes rondes et charnues? Je ne le pense pas. C'est tout le problème de l'annonceur qui prétend dénoncer l'anorexie et qui ne semble pas avoir de scrupules à nous vendre, encore et toujours, du mannequin décharné pour vendre "du rêve" (et surtout des fringues). Franchement, vous connaissez beaucoup de filles qui ressemblent à celles des catalogues et des magazines? Elles sont pas regardables, les filles normales, les "girls next door"? Elles ne sont pas vos amies, vous ne tombez pas amoureux d'elles, elles vous laissent de marbre?... Bon, je ne vais pas dire que les mannequins minces sont désagréables à regarder, mais tout de même, n'y a-t-il là aucune contradiction? No-l-ita dénonce l'anorexie mais ne s'engage pas plus loin: sa collection automne-hiver continue d'être valorisée par des nanas au physique de rêve, inaccessible.

Bon, je ne parlerai pas des religieux ni de la peine de mort dans les campagnes Benetton, c'est has been et de toute façon les avis sont trop dispersés, mais là, pour le coup, je trouve qu'on verse dans le sordide pour faire passer un message ("l'anorexie, c'est grave et en plus, c'est moche"), mais dont le commanditaire ne semble pas devoir modifier son propre comportement pour que cela soit suivi d'effets. C'est bien gentil de dénoncer la mode et ses excès, mais quand on vend des sapes... Je trouvais Dove hypocrite avec sa campagne sur les pseudo-grosses qui utilisent les soins "fermeté", mais au moins, on était dans un message positif et... suivi.

1.10.07

Le ver est dans la pomme...

Hier soir, j’infligeai à Cacahuète un traumatisme important. D’abord en lui brûlant son Tupperware sur ma plaque électrique (Rhoooo, si on peut même pas étaler du bazar sur un plan de travail de kitchenette!!). Ensuite en lui infligeant le visionnage de Total Recall, un film Scharzeneggerien réalisé par le très controversé Paul Verhoeven (réalisateur de Basic Instinct, La chair et le sang, Showgirls et Starship Troopers). Le pitch : une sorte de thriller futuriste avec des effets spéciaux très "début 90’s", où Schwarzie est poursuivi par des méchants qui lui ont volé sa mémoire et veulent détruire une guérilla gauchiste sur Mars… Bon, le scénario est un peu compliqué, puisqu’adapté de Philip K. Dick, mais ce qui a surtout choqué la sage Cacahuète (qui n’a pas vu ce film à l’âge de 9 ans, pourtant), c’est la facilité avec laquelle les acteurs tirent dans le tas, butant au passage un tas de figurants. Le must absolu de la cruauté gratuite envers les innocents qui ont le malheur de se retrouver au beau milieu de la course-poursuite dans les lieux publics, c’est la scène où, dans un centre commercial, Arnold Schwarzenegger monte dans un escalator et se sert du corps puis du cadavre d’un malheureux jeune homme comme bouclier. Le corps criblé de balles est ensuite balancé sur ses poursuivants. Sympa, non ? Le médecin qui se fait empaler le cerveau avec une barre de fer dans le nez aurait pu également connaître mort plus douce, de même que le gros méchant qui perd ses avant-bras. Le cinéma d’action est devenu moins gore, depuis, ou c’est juste Paul Verhoeven qui a un esprit un peu zarb ?...

Exactement au même moment, dans mon bureau (oui, j’ai un bureau, j’ai la classe), le Méri/ Lombrick Lubrick, s’installait. Car oui, ça y est, le lombrick est dans la pomme, il me l’avait annoncé cet été et j’étais au comble de la joie et de l’impatience : le Méri est mon coloc’ provisoire. Explication : après son succès au concours de journalisme, le Méri fait partie des quelques privilégiés futurs pigistes qui quitteront notre noble établissement en décembre, pour faire leur deuxième semestre en école de journalisme, donc. Or, si vous comptez bien, nous sommes en octobre, et il reste à peine deux mois à Bordeaux pour nos amis journaleux… La vache, ça fait bizarre à écrire! Bien évidemment, le Méri étant très radin consciencieux quant à son budget et entouré d’un tas d’amis dévoués, il a trouvé un super plan. Vous l’aurez peut-être deviné : notre contribution immobilière à tous a été sollicitée! Le Méri passera donc une à deux semaines chez chacun de ses amis privilégiés! Quelle chance! Et ça commence par moi. Bon, je ne suis pas vraiment fait pour la coloc’ dans un espace comme mon appartement, à part si j’ai de l’intimité avec la personne. Ouais, on appelle ça le concubinage je crois. Ma chère mère dit toujours qu’il vaut mieux un petit chez-soi qu’un grand chez-les-autres. Mais le Méri est un être tout en rondeur et en délicatesse, prêt à faire la vaisselle se dévouer à mon bien-être pendant une semaine. Aujourd’hui donc, première étape d’une bonne vie à deux pendant une semaine : les courses! Oui, le Méri a beaucoup d’appétit à force de courir le marathon, et pour ma part je grignote en permanence. Nous voici donc partis pour une séance épique à Aupré. Particularité : c’est le Méri qui régale (c’est un peu son loyer de la semaine)! Je pensais, comme le Méri est aussi radin consciencieux pour les courses que pour l’immobilier, que ça allait se transformer en lutte pour le choix des produits (je prends les marques, il prend le logo "moins cher"), mais il a été compréhensif et soumis. Brave petit. A peine a-t-il reniflé avec mépris une pizza à 5,90€, que j’ai fini par payer moi-même pour ne pas le traumatiser.

Je dois être malsain, je traumatise tout le monde, avec mes films de Schwarzie, mes Tupperware brûlés et mes pizzas chères. Cacahuète et Macha sont-elles vraiment prêtes à vivre avec un monstre comme moi, lorsque nous serons tous chômeurs à Paris?